Signs of Compassion : Miggs Burroughs et l’art de parler sans mots

6 novembre 2025 · Alisa Rodriguez
blog: Signs of Compassion: Miggs Burroughs and the Art of Speaking Without Words

Premier volet d’une série en cours

Une résonance tranquille dans un monde bruyant

Dans un monde saturé de bruit et de spectacle, l’artiste Miggs Burroughs a ménagé un espace de résonance tranquille. Son projet, Signs of Compassion, n’est pas une simple exposition : c’est une expérience poétique sur l’empathie, le mouvement et le lien humain. Par un usage inventif de l’image lenticulaire et de la langue des signes américaine, Burroughs transforme les vers d’Emily Dickinson en un langage visuel qui parle droit au cœur. Aujourd’hui, grâce à la mise en espace numérique de The Vilbil.Art, l’œuvre trouve une vie et une portée nouvelles, et invite le monde entier à éprouver la compassion en mouvement. Comme l’a relevé Miggs avec reconnaissance : « Vous l’avez si bien restituée sur le mur — la couleur du mur, et votre effet de rotonde est brillant. »

L’étincelle : la maison de Dickinson et l’idée d’un fils

L’idée n’est pas venue d’un coup. « Elle s’est assemblée de plusieurs manières, sur plusieurs années, explique Miggs. Elle a fini par se cristalliser. » Sa première rencontre avec Emily Dickinson ne s’est pas faite par les livres, mais par une visite improvisée. « J’étais allé voir mon fils à l’université, il y a bien longtemps, se souvient-il, et je cherchais quoi faire pendant qu’il était en cours. Il m’a dit : “Juste en face, c’est la maison d’Emily Dickinson.” » Ce musée — où Dickinson a grandi et écrit ses poèmes dans la chambre de l’étage — a laissé une impression silencieuse. Miggs s’est mis à lire ses poèmes « de temps en temps, sans y mettre de sérieux, sans idée précise ». Mais la graine était semée.

Des années plus tard, quand sa bibliothèque municipale lui propose une exposition personnelle, on l’invite à présenter « un ensemble de tout votre travail ». Miggs résiste : « Je n’en avais pas envie — c’était trop dispersé. Je voulais quelque chose de cohérent. » Il travaille alors l’image lenticulaire, et l’idée de raconter une histoire le retient : non pas montrer une pièce qui se change en une autre, mais composer une suite tenue par une continuité émotionnelle. « Je voulais raconter une histoire en lenticulaire, dit-il. Pas juste une pièce qui fait quelque chose, puis une autre à côté qui fait autre chose. »

Le geste comme langue : signe et mouvement

Ce désir de récit le conduit à la langue des signes. « Je ne sais pas pourquoi elle m’est venue à l’esprit, avoue-t-il, mais je me suis dit qu’il fallait une seule histoire, tenue d’un bout à l’autre. » Il songe à la façon dont cette langue « fait passer l’émotion par le mouvement », et combien cela s’accorde à la double image du lenticulaire. « Un signe, c’est généralement deux gestes, explique-t-il. Presque tout se fait en deux mouvements — parfait pour le lenticulaire. » Une phrase entendue souvent dans les galeries l’a frappé : « Cette œuvre me parle vraiment. » L’idée est restée. « Eh bien, mon art peut littéralement vous parler, s’est-il dit, puisque la langue des signes, c’est l’émotion en gestes. »

Choisir le poème : la compassion en trente gestes

Le choix du poème, Miggs l’a fait avec le cœur et avec le compas. « Bonne question », répond-il quand on lui demande pourquoi il a retenu « If I can stop one heart from breaking » de Dickinson. L’espace d’exposition de la bibliothèque comptait des kiosques à quatre faces, soit trente pièces possibles. « J’ai donc travaillé à l’envers, explique-t-il. J’ai lu tout Emily Dickinson — j’ai lu d’autres poètes aussi — mais j’y revenais sans cesse, pour la beauté de l’émotion qu’elle fait passer. Cette économie de mots et d’émotion. » Il compte les mots et les groupes de mots : le poème en contient environ trente-cinq ou trente-six. Or en langue des signes, certains signes réunissent plusieurs mots — « cœur qui se brise », par exemple —, et le compte tombe juste. « La langue des signes est très économe, dit-il. Au lieu de “je crois que je vais aller au magasin aujourd’hui”, on signe simplement “aller magasin”. » Cette économie, jointe à l’image de Dickinson replaçant un rouge-gorge blessé dans son nid, l’a bouleversé. « C’était une histoire de compassion, dit-il. D’aide à l’humanité. »

Un casting d’humanité : trente visages, trente signes

Au départ, Miggs envisage une seule personne pour signer tout le poème. « Cela me paraît absurde aujourd’hui, reconnaît-il. Une seule personne du début à la fin — c’est plutôt ennuyeux. » Il choisit finalement trente personnes, une par mot ou par groupe de mots. « Pourquoi ne pas prendre des visages différents, des origines différentes, des genres différents ? dit-il. J’ai cherché un mélange complet — une représentation vraiment diverse de l’humanité. » Un ami qui pratique couramment la langue des signes interprète le poème devant sa caméra. « Il l’a décomposé mot à mot, phrase à phrase. » Miggs choisit alors ses modèles, leur montre la vidéo et dirige chaque geste : « Tu fais le mot “arrêter”, donc voilà. Première image comme ceci, seconde image comme cela. » Pendant un an, il photographie chaque participant et assemble la suite lenticulaire. « Cela m’a beaucoup appris, dit-il. Même pour écrire mes courriels — je me suis mis à chercher l’économie. »

De la bibliothèque municipale aux Nations unies

La première exposition, à la bibliothèque, reçoit un accueil enthousiaste. « Ce fut un grand succès, dit Miggs. Les réactions étaient très positives. » Le projet gagne ensuite une galerie de Hartford, dans le Connecticut — tout près de la première école pour sourds des États-Unis. « Des enseignants et des élèves sourds sont venus la voir, se souvient-il. Ils ont approuvé, et cela m’inquiétait, parce que je ne savais pas si j’avais bien rendu tous les gestes. » Leur adhésion l’a profondément rassuré. L’exposition passe ensuite par un hôpital de New York, puis par une autre école pour sourds. « Cela a fait cinq ou six lieux », dit-il. Les Nations unies finissent par en entendre parler. « Il a fallu agrandir, explique-t-il. Chaque pièce faisait cette taille-là dans les expositions précédentes, mais à l’ONU le mur faisait trente mètres de long. » Il porte chaque pièce à soixante centimètres de côté et consacre un an et demi à cette version élargie. « Et voilà, dit-il. Et vous l’avez si bien restituée. »

Un nouveau chapitre avec The Vilbil

Aujourd’hui, avec The Vilbil : le hub en ligne de l’art et des artistes, Signs of Compassion trouve une nouvelle maison — une maison qui honore sa profondeur et en élargit la portée. Miggs a salué cette présentation numérique, relevant combien l’effet de rotonde et la couleur du mur retrouvent l’esprit de l’installation physique. La mise en espace de The Vilbil préserve l’intégrité de la vision de Burroughs tout en la rendant plus accessible. Le visiteur ne se contente pas de regarder l’œuvre : il la ressent. Il se déplace avec elle. Et elle le déplace.

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