Quand le geste devient poésie

Toute idée qui compte commence par une question.
Pour l’artiste Miggs Burroughs, elle fut discrète — et audacieuse :
La compassion peut-elle se voir, et non seulement se ressentir ?
Fasciné par le rythme et la beauté de la langue des signes américaine (ASL), Miggs a étudié chaque geste image par image, et découvert une poésie cachée dans le mouvement lui-même.
Il a marié ce rythme visuel aux vers d’Emily Dickinson :
« Si je peux empêcher un cœur de se briser,
je n’aurai pas vécu en vain… »
Trente personnes — d’âges, d’horizons et de capacités différents — ont signé chacune un mot ou une phrase du poème.
Par la photographie lenticulaire, Miggs a saisi deux gestes distincts de chaque signe et les a fondus en portraits mouvants qui se transforment au passage du visiteur.
Chaque image révèle la compassion en train de naître — geste après geste, mot après mot.
Pour parachever cette vision, l’artiste et inventeur Mark Yurkiw a créé la Mantra Wheel — compagne sculpturale des photographies.
Sur deux cylindres jumeaux qui tournent, il a gravé en braille le poème de Dickinson : les visiteurs peuvent lire et sentir le même message du bout des doigts.
Ensemble, les portraits lenticulaires et la sculpture en braille ont ouvert un dialogue entre la vue et la sensation — le visuel et le tactile, ce qui se voit et ce qui se ressent.
Comme l’a dit Miggs lors du vernissage :
« Ce n’est pas une exposition d’art. C’est une exposition de poésie — dite par les mains de notre communauté. »
Née dans une petite bibliothèque du Connecticut, l’œuvre est devenue un message que le monde entier pouvait enfin voir — et toucher.
Photographie de l’installation à la Westport Library, 2017 — avec l’aimable autorisation de Miggs Burroughs et Mark Yurkiw, « Signs of Compassion ».